Le téléphone fixe n’est pas (totalement) mort

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Fini le fixe? Non. A partir du 15 novembre, Orange n’ouvre simplement plus de lignes utilisant la technologie traditionnelle.

C’est l’une des scènes qui ont fait le charme des vieux films français des années 1950 et 1960. Quand Jean Gabin téléphone à Lino Ventura (ou l’inverse) en réclamant “Odéon 25 36” apparaît immanquablement à l’écran une opératrice, coiffure impeccable et doigts manucurés. D’un geste sûr et habile, la demoiselle s’empare d’une fiche, la place dans une autre. La conversation peut s’engager. Las, Jean Gabin et Lino Ventura ont disparu ; les opératrices aussi. Depuis les années 1970, elles ont été remplacées par des “commutateurs” installés dans des “répartiteurs”. On appelle cela le progrès…

Il y a une justice : c’est aujourd’hui aux commutateurs de céder la place, victimes à leur tour d’un nouveau saut technologique. Près de cent cinquante ans après l’invention du téléphone, soixante-dix ans après l’installation des premières lignes en cuivre, la France s’apprête à basculer définitivement dans un “nouveau monde”, celui du téléphone de l’ère internet. “C’est une page qui se tourne. Nous allons perdre le dernier fil qui nous reliait au téléphone d’avant”, résume avec un brin de nostalgie Bernard Dupré, le président de l’association française des utilisateurs du téléphone.

A partir du 15 novembre, les clients qui déménagent ou qui créent une nouvelle ligne devront brancher leur téléphone sur un boîtier. Les autres pourront continuer comme avant.

A partir du 15 novembre, les clients qui déménagent ou qui créent une nouvelle ligne devront brancher leur téléphone sur un boîtier. Les autres pourront continuer comme avant.

Crédit: Orange

Tout commence ce 15 novembre. A partir d’aujourd’hui, Orange n’ouvre plus aucune ligne fonctionnant avec la technologie traditionnelle. Concrètement ? “Si vous déménagez ou si vous vous installez dans un nouvel appartement, vous ne pourrez plus disposer d’un téléphone relié directement sur une prise en T à l’ancienne. Il vous faudra obligatoirement brancher votre appareil sur un boîtier, fourni gratuitement, qui sera lui-même relié la prise T”, explique Fabienne Dulac, la directrice générale d’Orange France. C’est tout ? C’est tout.

Un basculement très progressif

Pas de panique, donc. Contrairement à ce que l’on a pu lire ici et là, il ne s’agit en rien de “la fin du téléphone fixe”. Dès lors que le changement ne concerne que les nouvelles lignes, ceux qui possèdent un appareil sans boîtier peuvent continuer à l’utiliser comme si de rien n’était. Et ceux qui en ont déjà un, par définition, n’ont rien à faire.

En tout cas dans un premier temps. Car dans quelques années, l’ancien système ne fonctionnera plus du tout : à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, il faudra impérativement s’équiper d’une box. La bascule définitive va s’opérer à partir de 2023, zone géographique par zone géographique, suivant un déroulé présenté le 26 octobre. Quand auront lieu les derniers changements ? “Peut-être en 2028, peut-être en 2033, cette question n’est pas encore tranchée”, indique Fabienne Dulac.

A la différence du “grand soir” qu’avait connu la France au moment du passage à la télévision numérique terrestre (TNT), le basculement sera donc partiel et très progressif. L’opérateur historique a même lancé en février 2017 un test grandeur nature dans 14 communes du Finistère pour mesurer les réactions de ses clients et de ses salariés. Depuis dix-huit mois, de Bénodet à Rosporden en passant par Fouesnant, 140 particuliers et une vingtaine d’entreprises sont passés d’un système à l’autre. Verdict ? “Aucune difficulté majeure n’a été constatée et les enquêtes de satisfactions sont très positives, souligne Nathalie Cyprien, la responsable de l’expérimentation. La leçon principale est que nous devons veiller à communiquer avec simplicité.”

Conséquences concrètes : le colis adressé aux clients ne comprend que les accessoires strictement indispensables ; les explications sont clarifiées au maximum ; un service d’assistance téléphonique est prévu pour guider l’utilisateur ; enfin, en cas de besoin, un technicien peut se déplacer à domicile pour effectuer le branchement (moyennant finances, toutefois). Autant d’éléments qui, globalement, rassurent les consommateurs. “Nous avons quelques points de vigilance, mais, nous sommes plutôt favorables à ce changement dès lors qu’il est justifié par l’évolution technologique et qu’Orange prend le temps d’accompagner tout le monde” (1), indique Bernard Dupré.

Les Français ont déjà basculé dans le mobile

Michel Cotten, maire du Tourc’h et vice-président chargé du numérique de la communauté d’agglomération de Concarneau Cornouaille, confirme le bon déroulement de l’opération.

“Nous n’avons pas rencontré de problème particulier, y compris auprès des publics les plus fragiles. Je me souviens d’une personne très âgée qui a dû quitter sa maison pour s’installer dans un appartement. Elle a été un peu surprise de se retrouver avec un boîtier, mais elle a été rassurée de voir que, pour le reste, rien ne changerait. Elle continue de prendre son téléphone et d’appuyer sur les touches pour composer un numéro.” Mieux : selon lui, cette évolution est plutôt porteuse d’espoir : “C’est l’un des éléments de la transition numérique dont nos territoires ont besoin.” Avis partagé par Bernard Dupré : “Nous avons là l’occasion d’améliorer les services et d’apporter internet haut débit et bon marché à tout le monde”. “La nouvelle technologie rendra le réseau plus efficace et plus résistant”, enchérit Fabienne Dulac.

S’il y aura un avant et un après 15 novembre 2018, le changement est donc davantage d’ordre technique que sociologique, car il ne modifiera pas vraiment nos habitudes. On continuera de pouvoir téléphoner chez soi avec un appareil branché sur le mur, même s’il y a un boîtier au milieu. Du moins pour ceux qui ont encore un fixe…

“La plupart des Français ont déjà basculé dans le mobile”, souligne Patricia Croutte, qui réalise chaque année le “baromètre du numérique” publié par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc). La part de la population équipée en téléphone fixe était de 91 % en 2013. Elle est tombée à 86 % en 2017 alors que 94 % des habitants possèdent un portable. Mais surtout, le fixe a déjà perdu la bataille de l’usage. Seuls 27 % des Français l’utilisent tous les jours, alors que 79 % d’entre eux pianotent sur leur mobile quotidiennement.

lexpress

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