MANCHESTER UNITED-PSG: QUI REMPORTE LE MATCH CÔTÉ BUSINESS ?

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Pour sortir de la « Qatar-dépendance », le club français doit s’inspirer du projet mis en place depuis trente ans par son adversaire, mardi, en huitièmes de finale de la Ligue des champions.

Depuis 2012, le Paris SG version Qatar Sports Investments n’a rien à envier à Manchester United en termes de palmarès et de résultats. En revanche, les champions de France ont encore beaucoup à apprendre des Red Devils en ­matière de rayonnement économique, même si, en l’espace de six ans seulement, le club de la capitale a réussi l’exploit de s’asseoir à la table des grands sur l’échiquier européen.

Deux chiffres pour débuter. Selon le cabinet d’audit et de conseil Deloitte, le club anglais est, avec 666 M€ de revenus la saison passée, la troisième puissance financière du ballon rond européen (derrière le Real Madrid et le FC Barcelone). Bon élève, le PSG pointe au 6e rang avec 547 M€ de recettes.

« Le niveau des revenus globaux commence à converger, notamment au niveau des revenus commerciaux, note Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges (CDES). Le Paris SG, parti de très loin, affiche une très forte croissance, mais il n’a pas encore la stabilité financière du club anglais. La solidité de ce modèle est telle qu’elle lui permet de rester souvent bénéficiaire malgré des résultats sportifs moins clinquants. »

En matière de droits TV, les Mancuniens sont intouchables

S’ils boxent dans la même catégorie, celle des poids lourds, les deux clubs affichent leurs spécificités dans la structure de leurs revenus commerciaux, notamment. Avec les droits TV et la billetterie, ceux-ci constituent les trois piliers sur lesquels reposent les recettes d’un grand club. « C’est simple, Manchester United n’a quasiment pas de point faible », résume Christophe Lepetit.En matière de droits TV, d’abord (championnat domestique et Coupes d’Europe), les Mancuniens et leurs 230 M€ de revenus sont intouchables. Avec 128 M€, dont 45 à 50 M€ issus de la Ligue 1, le Paris SG est très loin. « Manchester touche entre deux à trois fois plus avec la puissante Premier League, mais l’écart va se réduire à partir de 2020 avec le nouveau contrat », nuance l’économiste. Dans le domaine de la billetterie, le PSG peut regarder son adversaire de mardi en Ligue des champions droit dans les yeux (100,6 M€ contre 119,5 M€) avec un stade bien plus petit (47 000 places contre 75 000 à Old Trafford). « Le Paris SG exploite au maximum le Parc des Princes, avec, sur la partie business, un travail qualitatif remarquable mené par le directeur général délégué, Jean-Claude Blanc. Mais ils touchent le plafond. La croissance ne passera que par une modernisation du stade. » Un projet compliqué, qui remonte régulièrement à la surface.

Des revenus colossaux issus des produits dérivés

C’est dans le domaine des revenus commerciaux, là où Manchester United (316 M€) frappe le plus fort, que le Paris SG (313 M€) fait face à son plus grand défi. Le club anglais, précurseur dans l’investissement du marché international, comme en Asie il y a trente ans, engrange des revenus colossaux de produits dérivés, auxquels s’ajoutent des méga-contrats internationaux (65 M€ pour le sponsor maillot Chevrolet), mais aussi régionaux. Parti à la conquête du monde il y a six ans seulement, le Paris SG grandit à vitesse grand V. Il a même fait preuve d’innovation en 2018 en s’associant par exemple de manière audacieuse avec la marque Jordan pour développer ses produits. Mais le budget du club reste malgré tout encore très dépendant des généreux sponsors qatariens. L’office du tourisme du Qatar a versé plus de 1 milliard d’euros sur cinq ans. Or l’UEFA, dans le cadre du fair-play financier, suspecte le club d’avoir surévalué certains de ses contrats.

Une « Qatar-dépendance » en sursis, donc, qui fragilise le business model parisien.Mais le club de la capitale, qui redoute des sanctions financières, garde plusieurs atouts dans sa manche. Le montant dérisoire du contrat avec l’équipementier Nike devrait être revu à la hausse (21 M€ par an + bonus avant l’arrivée du duo Neymar-Mbappé), alors que Manchester United touche 95 M€ par saison ! Celui du sponsor maillot (Fly Emirates) rapporte 25 M€ tous les ans. Le PSG espère entre 50  et 60 M€ annuels avec l’arrivée d’un nouveau partenaire la saison prochaine. Et surtout, le Paris SG dispose d’un filon que le club du nord-ouest de l’Angleterre n’aura jamais : le prestige de la ville de Paris dans le monde.

« C’est l’image du luxe à la française que le club cherche à valoriser depuis le rachat par QSI », confirme Christophe Lepetit. L’art de vivre à la française permet de multiplier les partenariats de niche et haut de gamme (le concept store de luxe Colette, la maison S.T. Dupont ou la marque de prêt-à-porter Koché, par exemple). Grâce au prestige de la Ville Lumière, le PSG s’affirme aussi comme l’une des marques leaders du monde du sport sur les réseaux sociaux. Un domaine où Manchester United excelle aussi.

Pas uniquement dans le nombre de fans « suiveurs », mais surtout dans la capacité à collecter des données, puis à les monétiser. Un marché qui s’affirme comme la valeur économique de croissance par excellence dans les prochaines années.

Lefigaro

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