#Trump : l’avocat passe à l’accusation

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Michael Cohen, l’ex-conseil de Donald Trump condamné en décembre à trois ans de prison, auditionné mercredi et ce jeudi par le Congrès américain, livre un explosif témoignage à charge.

 

Donald Trump est un «raciste». Un «escroc». Un «tricheur». Il n’est entré dans la campagne de 2016 que pour «accroître sa richesse et son pouvoir». Ce n’est pas, loin de là, la première fois que le président américain est ainsi décrit. Mais il est inédit que de tels propos soient tenus dans l’enceinte solennelle du Congrès des Etats-Unis, sous serment, par celui qui fut son homme de main pendant dix ans, son «pitbull» autoproclamé : Michael Cohen. L’ex-avocat personnel de Trump, vice-président de la Trump Organization pendant dix ans et gardien des secrets de la famille en affaires, en politique et dans la vie privée, a été auditionné mercredi sept heures durant par une commission de la Chambre des représentants, repassée sous contrôle démocrate depuis janvier. Un ahurissant exercice de rédemption, public et télévisé, de celui qui a été condamné mi-décembre à trois ans de prison pour fraude fiscale, fraude bancaire, parjure et violation des lois sur le financement des campagnes électorales. Il vient d’être radié du barreau, et sera incarcéré dès le 6 mai.

L’ancien fidèle parmi les fidèles de Trump, qui se disait loyal jusqu’à promettre de «prendre une balle» pour lui, est devenu témoin à charge. Après une perquisition dans ses bureaux par le FBI au printemps, Cohen, 52 ans, a retourné sa veste et accepté de coopérer avec les équipes de Robert Mueller dans le cadre de l’enquête sur les soupçons de collusion entre la campagne de Trump et la Russie, qui serait proche de sa conclusion. Il a également reconnu avoir menti aux sénateurs en 2017 sur le projet de Trump Tower à Moscou – il avait nié que des discussions à ce propos s’étaient tenues en pleine campagne présidentielle de 2016. Pour protéger le président, dit-il aujourd’hui. Une demande implicite de Trump, affirme Cohen, même si celui-ci ne lui a jamais demandé directement de mentir à ce sujet.

Bagarre procédurale

«J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier, et je devrai vivre avec les conséquences de mes actions pour le restant de ma vie», a affirmé un Cohen visiblement ému, lisant mercredi de son accent sorti d’un film de mafieux de Long Island, où il a grandi, une déclaration liminaire qui avait fuité plus tôt dans les médias. «Mais aujourd’hui […] je veux tenter de changer comment l’histoire se souviendra de moi. Je ne peux pas changer le passé, mais je peux faire les choses bien devant le peuple américain.» Pour ses conseils, Cohen serait à Trump ce que John Dean a été à Richard Nixon au moment du Watergate : le témoignage de ce conseiller juridique de la Maison Blanche en 1973 devant un comité sénatorial fut une étape-clé vers la démission, un an plus tard, du président républicain. Son nom a d’ailleurs été évoqué dès l’ouverture de la séance par le député républicain Mark Meadows, un très proche de Trump, en pleine bagarre procédurale pour tenter d’ajourner l’audition. Dans cette présidence extraordinaire entamée il y a deux ans, ponctuée de tant de rebondissements qu’ils ont presque anesthésié l’indignation, difficile de garder en tête une quelconque échelle de valeur.

«Aujourd’hui est un jour profondément perturbant et devrait préoccuper tous les Américains», a insisté le démocrate Elijah Cummings, qui préside la commission auditionnant Cohen. Notant les mensonges et les incohérences passées de l’avocat, il a précisé que la Chambre était «à la recherche de la vérité». Ce qui, un temps, aurait probablement suffi à pousser un président à la démission n’a désormais que peu de poids. Seul un motif de destitution importe, et il reste à établir, malgré le portrait accablant dressé par Cohen.

Dans le silence absolu d’une salle pourtant pleine à craquer, il a accusé Trump d’une quantité innombrable de comportements délictueux, racistes et mensongers. Entre autres, et documents financiers à l’appui, d’avoir gonflé sa fortune artificiellement pour gagner des places au classement de Forbes ; de l’avoir rétrécie pour payer moins d’impôts. Trump aurait demandé à Cohen, «peut-être 500 fois en dix ans», a-t-il hasardé, que celui-ci menace des individus ou des entités en son nom. «Quand je dis que c’est un escroc, je parle d’un homme qui se dit brillant  m’a ordonné de menacer son lycée et les universités qu’il a fréquentées pour qu’ils ne publient jamais les notes qu’il a eues», a raconté son ancien avocat, lettre à l’appui.

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