En 2025, l’augmentation des prix en France s’est limitée à moins de 1 % sur une année, comparativement à une hausse annuelle de 5 % observée en 2022 et 2023. Cette stabilisation fait suite à une période d’inflation intense consécutive à la crise sanitaire. Cependant, d’après une étude réalisée par la Banque de France et l’institut CSA auprès de 4 000 foyers fin 2025, les Français semblent toujours ressentir une inflation beaucoup plus élevée que celle effectivement enregistrée. En effet, alors que l’écart de perception était de 4 points de pourcentage en 2022, il s’est élargi pour dépasser les 8 points aujourd’hui. Quelles sont les raisons de cette différence entre les chiffres officiels et la perception des ménages ?
Écart entre l’inflation perçue et l’inflation réelle : analyse d’une divergence croissante
La Banque de France a commencé à interroger un groupe représentatif de citoyens français sur leur perception de l’inflation en 2022. L’enquête réalisée fin 2025 constitue la quatrième de cette série. Les données révèlent que bien que les prix aient nettement diminué depuis 2023, avec un des taux d’inflation les plus faibles de la zone euro en 2025, la perception des ménages n’a pas évolué au même rythme. Ils continuent de croire que les prix augmentent significativement, même si l’augmentation effective est minime.
Dans l’ensemble de la zone euro, la différence entre l’inflation ressentie et l’inflation mesurée a augmenté, passant d’environ 3 points de pourcentage entre 2010 et 2022 à plus de 9 points depuis la fin de 2022.
Le ressenti du pouvoir d’achat, point central du problème
Cette discordance est particulièrement flagrante lorsqu’il s’agit du pouvoir d’achat.
L’étude révèle que 80 % des ménages pensent que leur pouvoir d’achat a diminué entre 2021 et 2025. Pourtant, selon l’Insee, le revenu disponible par habitant a augmenté d’environ 20 % durant cette période, soit 5 points de plus que l’inflation cumulée sur ces années.
En réalité, le pouvoir d’achat des Français ne s’est pas détérioré, il a même légèrement progressé en moyenne.
Cependant, 75 % des personnes interrogées estiment au contraire que leurs revenus en euros n’ont pas augmenté depuis 2021, et un quart d’entre elles affirment même qu’ils ont baissé.
L’analyse de la divergence dans la perception des prix
Plusieurs facteurs contribuent à cet écart de perception.
Le premier est lié à la mémoire des prix des produits alimentaires, qui sont des dépenses quotidiennes très visibles. Ces prix ont fortement augmenté entre 2022 et 2023, avant de ralentir considérablement en 2024 et 2025. Cependant, les ménages continuent de lier ces souvenirs à une inflation globale élevée, même lorsque les prix de l’alimentation stagnent ou augmentent peu.
Le second facteur est une asymétrie bien documentée en psychologie économique : on se souvient plus facilement des augmentations de prix que des diminutions. Selon l’enquête, seulement 5 % des ménages ont noté une baisse des prix lorsqu’elle a effectivement eu lieu, comme pour l’électricité dont le tarif a diminué d’environ 15 % en 2025. En revanche, la majorité des ménages perçoit une hausse dès qu’elle se produit.
Ce biais, mis en lumière par les économistes Daniel Kahneman et Amos Tversky à travers l’aversion aux pertes, maintient un sentiment d’inflation élevé même lorsque les prix se stabilisent ou baissent.
Pouvoir d’achat : des habitudes tenaces
Ce sentiment pessimiste persistant sur le pouvoir d’achat n’est pas sans conséquences sur la vie quotidienne des Français. 63 % des ménages indiquent avoir modifié leurs habitudes de consommation suite au choc inflationniste de 2022-2023 : plus grande attention portée aux prix, renoncement à certaines dépenses, achats différés. Et ces nouvelles pratiques perdurent : 90 % des ménages qui ont adopté ces changements les maintiennent encore aujourd’hui, bien que l’inflation soit retombée à un niveau très bas.
Cette prudence a des répercussions sur l’économie dans son ensemble, car en affectant la consommation, ce pessimisme pourrait continuer d’influencer l’évolution des prix dans les mois à venir.

Je suis Aurélie. En tant que membre dynamique de l’équipe Guineetime, je vous guide à travers les évolutions économiques et culturelles. Ma passion pour l’innovation vous aide à anticiper les grands changements.
