Contre toute attente, la proportion du budget des ménages français allouée au logement a connu une baisse sur les dix dernières années. En 2024, après prise en compte des aides, cette part s’établit en moyenne à 16,8 %, une baisse par rapport aux 18,3 % de 2014. Toutefois, cette moyenne ne reflète pas les disparités existantes. Penchons-nous sur les dernières analyses de l’Insee à ce propos.
Le fardeau financier du logement
Le taux d’effort financier est un indicateur clé du coût du logement pour les ménages. Il représente la proportion du revenu d’un ménage dépensée pour son habitation principale, incluant le loyer ou le remboursement de prêt immobilier, ainsi que les charges fixes telles que les dépenses en énergie, en eau, et les taxes locales comme la taxe foncière.

On peut calculer le taux d’effort en incluant ou non les aides au logement, distinguant ainsi le taux net du taux brut. Le taux net donne une image plus fidèle de ce que le ménage dépense réellement.
Diminution du poids du logement en dix ans : pourquoi ?
La raison principale est relativement simple. Entre 2014 et 2024, les revenus des ménages ont augmenté plus rapidement que leurs dépenses en loyer ou remboursements de prêts immobiliers : une hausse d’environ 25 % contre 20 % pour les seconds. Ainsi, la part relative du logement dans les dépenses totales a naturellement diminué.
Cependant, la suppression progressive de la taxe d’habitation sur les résidences principales entre 2018 et 2023 a été un facteur déterminant, expliquant 1,4 point de la baisse de 1,9 point du taux d’effort brut. Pour beaucoup, cela a représenté une économie significative annuellement.
À l’inverse, d’autres facteurs ont limité cette baisse. La taxe foncière, qui incombe aux propriétaires, a crû d’environ 50 % durant cette période, et les aides au logement ont diminué de 18 % suite à plusieurs réformes visant à en réduire le coût.
Depuis 2020, l’augmentation des prix de l’énergie et la reprise de la hausse des loyers ont également contribué à alourdir la charge. Le repli moyen du taux d’effort résulte donc d’un équilibre entre diverses forces, créant des gagnants et des perdants parmi les ménages.
Propriétaires et locataires : des réalités divergentes
Le coût du logement varie grandement selon le statut d’occupation. Les propriétaires ayant remboursé leur prêt immobilier n’ont plus de mensualités à verser, leur taux d’effort est d’environ 7 %, concernant principalement les charges et les taxes. Pour ceux qui remboursent encore un emprunt, ce taux s’élève à environ 23 %, similaire à celui des locataires, qu’ils soient dans le secteur social (24 %) ou privé (25 %).

Ces écarts illustrent également les différentes étapes de la vie. Les jeunes ménages, souvent locataires ou nouveaux accédants à la propriété, ainsi que les personnes seules et les familles monoparentales, consacrent une part substantielle de leurs revenus au logement (jusqu’à 25 %). En revanche, les couples âgés de plus de 65 ans y consacrent en moyenne seulement environ 9 % de leurs revenus.
L’impact du logement sur les budgets modestes
Les disparités sont particulièrement frappantes chez les ménages à revenus modestes.
En 2024, le quart le plus pauvre des ménages consacre plus de 32 % de ses revenus au logement, aides incluses. Pour le quart le plus aisé, cette part est d’environ 12 %. Le logement représente une dépense difficile à comprimer, pesant d’autant plus lourd que les revenus sont faibles.
De plus, l’évolution sur dix ans n’a pas bénéficié à tous de la même manière. Bien que beaucoup de ménages modestes bénéficiaient déjà d’exonérations partielles ou totales, la suppression de la taxe d’habitation leur a été favorable. Toutefois, étant les principaux bénéficiaires des aides au logement, la réduction de celles-ci a impacté significativement leur budget, augmentant leur taux d’effort.
Au-delà des moyennes, environ un ménage sur dix consacre plus de 40 % de ses revenus à son logement. À ce niveau, peu de ressources restent disponibles pour d’autres dépenses. L’augmentation récente des prix de l’énergie a également poussé de nombreux ménages à modérer leur consommation. Ainsi, le coût du logement ne se mesure pas uniquement en termes financiers, mais aussi dans les choix quotidiens des ménages, en particulier les plus vulnérables.

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