À la suite de la crise financière de 2008, de la crise sanitaire de 2020 et de la crise inflationniste de 2022, quelle sera l’origine du prochain bouleversement économique mondial ? Dans notre série estivale, nous explorons les principales faiblesses qui pourraient déclencher ou intensifier une future crise.
Après avoir examiné le marché immobilier chinois, le crédit privé, les dettes souveraines et l’intelligence artificielle, concluons avec un facteur de risque presque imprévisible : les chocs géopolitiques.
Les répercussions économiques des tensions géopolitiques
Un choc géopolitique est un événement politique qui modifie brusquement les rapports entre les nations. Cela inclut les conflits armés, les embargos, les sanctions économiques, ou les attaques sur des infrastructures clés.
De par leur nature, ces chocs sont extrêmement difficiles à prévoir dans les analyses économiques. Il est parfois faisable de repérer une zone de tension, mais il reste presque impossible de prévoir quand, comment, et dans quelle mesure ces tensions éclateront, ainsi que la réponse des acteurs concernés.
Récemment, de nombreux conflits ont indirectement perturbé les économies mondiales. Par exemple, l’offensive de la Russie en Ukraine a bouleversé l’approvisionnement européen en pétrole et en gaz. Les attaques contre des navires dans la mer Rouge ont forcé des milliers de porte-conteneurs à dévier leur route autour de l’Afrique, prolongeant ainsi les délais de livraison. Les tensions entre les États-Unis et la Chine ont engendré une augmentation des tarifs douaniers et des restrictions à l’exportation.
Dans un monde globalisé où toutes les grandes puissances sont interconnectées, un conflit local peut avoir des répercussions globales.
Le secteur énergétique, principal vecteur de transmission
L’énergie est traditionnellement le principal lien entre les tensions géopolitiques et l’économie. Pétrole, gaz et charbon sont essentiels pour le transport, le chauffage, la production d’électricité et de nombreuses activités industrielles. Une interruption de leur approvisionnement impacte donc à la fois les consommateurs et les entreprises.

Le dernier cas notable est le détroit d’Ormuz. Situé entre l’Iran et Oman, c’est un des points de passage cruciaux pour le pétrole et le gaz naturel liquéfié à l’échelle mondiale. Sa fermeture entraînerait une pénurie significative sur le marché, provoquant une hausse immédiate des prix, parfois avant même une réelle diminution des volumes disponibles.
L’Europe est particulièrement vulnérable à ce phénomène, car elle importe une grande partie de l’énergie qu’elle consomme. Une augmentation des prix agit comme un transfert de revenus vers les pays exportateurs, ce qui diminue le pouvoir d’achat des ménages européens, la rentabilité des entreprises et même des finances publiques lorsque les gouvernements tentent de modérer l’impact sur les factures.
Des chaînes de production mondiales sous pression
Bien que l’énergie soit un point critique, elle n’est pas la seule source de fragilité. La globalisation a amené les entreprises à disperser leur production à travers de nombreux pays. Ainsi, la fabrication d’une voiture, d’un téléphone ou d’un médicament peut nécessiter des composants provenant de plusieurs continents, ce qu’on appelle les chaînes de valeur mondiales. Cette organisation a certes réduit les coûts de production, mais elle a aussi créé des dépendances. Lorsqu’un composant fait défaut, il n’est pas toujours possible de le remplacer rapidement, brisant ainsi toute la chaîne.

Ces dépendances s’étendent aussi aux matières premières essentielles aux nouvelles technologies, comme les terres rares, le lithium, le cobalt ou le graphite, cruciaux pour les batteries, les équipements électroniques et certains matériels militaires.
Leurs sites d’extraction ou de transformation sont souvent localisés dans un nombre très restreint de pays (notamment la Chine pour l’acier, le graphite, le zinc, les terres rares…).
Pourquoi la prochaine crise pourrait-elle être causée par un choc géopolitique ?
« Une pandémie unique en une génération, suivie d’une guerre terrestre sur notre continent, puis de la pire crise énergétique depuis 50 ans, et enfin des augmentations de droits de douane les plus significatives depuis les années 1930 », déclarait en avril 2026 Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.
La première préoccupation réside dans la possibilité d’un choc à la fois inflationniste et récessif. Quand l’énergie ou un composant crucial devient plus rare, les prix montent tandis que la production ralentit. Les banques centrales sont alors confrontées à un dilemme : augmenter leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation pourrait aggraver la baisse d’activité, tandis que les diminuer pourrait prolonger la montée des prix.
Le deuxième risque provient des effets en chaîne. Une hausse du prix du gaz peut entraîner une augmentation du coût de l’électricité et des engrais. Cette hausse affecte ensuite la production agricole et les prix des denrées alimentaires. De même, une pénurie de terres rares peut simultanément impacter la production automobile, les réseaux électriques, l’électronique et l’industrie de défense.
Le troisième danger est la réaction des gouvernements. Face à une pénurie, les États peuvent restreindre leurs exportations pour protéger leur marché intérieur. Ces restrictions exacerbent cependant les difficultés des pays importateurs, qui peuvent adopter des mesures similaires. Une série de décisions prises individuellement peut ainsi fragmenter le commerce mondial.
Enfin, l’incertitude géopolitique peut suffire à ralentir l’activité, même en l’absence de perturbation matérielle. Une entreprise pourrait hésiter à construire une usine dans une zone menacée par un conflit ou à dépendre d’un fournisseur risquant des sanctions. Autrement dit, même si le conflit ne se matérialise pas, ses effets sur la croissance peuvent être prolongés.
Pourquoi la prochaine crise pourrait ne pas provenir d’un choc géopolitique ?
« La mondialisation est loin d’être révolue et les chaînes de valeur mondiales restent essentielles », affirmait en décembre 2025 Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (actuellement dans un coma artificiel entretenu par les États-Unis).
Le premier argument des sceptiques repose sur le fait que le commerce mondial s’adapte. Si une route maritime est bloquée, les navires peuvent la contourner. Si un fournisseur devient indisponible, les entreprises cherchent progressivement des alternatives. Ces ajustements, bien que coûteux, empêchent souvent une interruption totale de la production.
Les économies ont aussi tiré des leçons des chocs passés. Les entreprises cartographient davantage leurs fournisseurs, diversifient leurs sources d’approvisionnement et créent des stocks pour les produits stratégiques. Les gouvernements, quant à eux, cherchent à sécuriser l’accès à l’énergie, aux semi-conducteurs, aux médicaments et aux minéraux critiques. À plus long terme, le développement des énergies renouvelables, du nucléaire et de l’efficacité énergétique peut également diminuer la dépendance aux combustibles importés.
Le troisième argument est historique. La plupart des conflits récents, malgré leur coût humain considérable, n’ont pas provoqué de crise économique mondiale comparable à celle de 2008. Les marchés financiers distinguent généralement un conflit régional d’un choc menaçant directement le fonctionnement du système financier.
Un risque imprévisible, mais pas forcément systémique
Les chocs géopolitiques sont un candidat particulier pour la prochaine crise. Contrairement à une bulle financière ou un excès d’endettement, ils ne découlent pas nécessairement d’un déséquilibre économique identifiable. Ils peuvent survenir soudainement et affecter simultanément l’énergie, le commerce, l’inflation et la confiance.
Le principal scénario de crise serait celui d’une perturbation suffisamment longue d’un grand axe commercial ou d’une source essentielle d’énergie. L’économie mondiale pourrait alors subir une situation de stagflation, combinant inflation persistante et faible croissance.
Toutefois, toutes les tensions géopolitiques ne mènent pas à une crise mondiale. Les chaînes de valeur ne disparaissent pas : elles se recomposent. La prochaine crise pourrait donc être déclenchée par une guerre, un blocus ou une escalade commerciale. Mais la gravité du choc dépendra moins de l’événement initial que de sa durée, de la concentration des dépendances et de la capacité des économies à trouver rapidement des solutions de remplacement.

Je suis Aurélie. En tant que membre dynamique de l’équipe Guineetime, je vous guide à travers les évolutions économiques et culturelles. Ma passion pour l’innovation vous aide à anticiper les grands changements.
