Crise imminente: Les dettes publiques, une bombe à retardement? [Épisode 3]

Crise imminente: Les dettes publiques, une bombe à retardement? [Épisode 3]

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Suite aux crises financière de 2008, sanitaire de 2020 et inflationniste de 2022, quelle sera l’origine du prochain bouleversement économique mondial ? Cette série estivale explore les principales faiblesses susceptibles de déclencher ou d’exacerber une future crise économique.

Nous avons déjà abordé le secteur immobilier chinois et le crédit privé, penchons-nous maintenant sur un risque plus traditionnel affectant la majorité des économies développées : l’accumulation des dettes publiques.

Des taux d’endettement atteignant des sommets historiques

La dette publique regroupe tous les emprunts contractés par les autorités publiques (État, collectivités territoriales, organismes de sécurité sociale), résultant d’un déficit public, soit un déséquilibre entre les recettes et les dépenses. Cette dette finance notamment des investissements et soutient l’économie en temps de crise, et n’est donc pas intrinsèquement problématique.

Documents financiers et obligations publiques empilés, symbolisant l'accumulation des dettes d'État

Quand la dette croît de manière continue, les autorités publiques sont confrontées à un déficit structurel. C’est le cas de la France depuis trois décennies. Cette dette doit être remboursée, ce qui fait augmenter les intérêts chaque année. Bien que cela puisse paraître néfaste, ce n’est pas nécessairement le cas. Si, parallèlement, la richesse nationale (le PIB) croît, la situation reste gérable à long terme car les ressources de l’État pour rembourser la dette augmentent. Toutefois, si le PIB stagne ou croît moins rapidement que la dette sur une longue période, un risque de crise émerge.

La dette s’accroît particulièrement lors des crises (subprimes, Covid), mais ne diminue pas durant les périodes de reprise pour de nombreuses économies avancées. Plusieurs affichent désormais une dette supérieure à leur production annuelle. De plus, leurs dépenses publiques devraient continuer à croître en raison du vieillissement de la population, de l’augmentation des coûts de santé, de la transition énergétique et de l’augmentation des budgets de défense.

Cette situation devient encore plus préoccupante car l'époque de l'argent bon marché est révolue. Lorsque la dette (sous forme d’obligations) arrive à échéance, les États la refinancent souvent par de nouvelles dettes. Or, depuis 2022, les taux d’intérêt sont en hausse. Le coût réel de la dette a donc explosé (plus de 50 milliards d’euros en France).

Pourquoi la prochaine crise pourrait provenir des dettes publiques

«Les gouvernements ont encore une marge de manœuvre pour emprunter, mais cette marge est limitée», expliquent les économistes du Fonds monétaire international Darvas et Zettermeyer.

Tableau de marché financier affichant une baisse des cours, illustrant la réaction des marchés aux dettes publiques

La première préoccupation vient de la réaction des marchés. Tant que les investisseurs jugent la dette d’un État soutenable, celui-ci peut continuer à emprunter dans de bonnes conditions. Mais cette confiance peut être ébranlée par une dégradation des perspectives de croissance, une crise politique ou une annonce budgétaire peu crédible, provoquant une hausse des taux d’intérêt demandés par les investisseurs, pouvant rapidement s’auto-alimenter. Des taux plus élevés augmentent le coût des intérêts, aggravant le déficit public, ce qui pousse les investisseurs à exiger encore plus pour détenir ces obligations. L’État doit alors emprunter davantage pour couvrir les intérêts, accentuant les inquiétudes sur sa solvabilité.

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Le deuxième risque est la simultanéité des problèmes. Les dettes publiques ont augmenté simultanément dans plusieurs pays. Si les investisseurs deviennent plus prudents vis-à-vis des obligations souveraines, plusieurs États pourraient simultanément voir leur coût de financement augmenter, facilitant la propagation de la panique.

Le troisième danger concerne la boucle entre les États et les banques, parfois nommée sovereign-bank doom loop. Les banques possèdent une grande quantité d’obligations émises par leur propre État. Si leur valeur chute, les banques peuvent subir des pertes et voir leurs fonds propres se dégrader, les rendant incapables de prêter à d’autres acteurs (ménages, entreprises…), ce qui détériore encore plus la situation économique et donc les recettes de l’État.

Enfin, la dette publique peut limiter la réponse aux crises futures. Un État fortement endetté a moins de marges de manœuvre pour financer un plan de relance, compenser une hausse des prix de l’énergie ou sauver un secteur financier en difficulté. Le risque ne se limite donc pas à un défaut de paiement. Il peut également prendre la forme d’une crise économique exacerbée par l’impossibilité d’agir rapidement.

Pourquoi la prochaine crise ne proviendra pas nécessairement des dettes publiques

« Malgré la récente hausse des taux du marché, les coûts moyens de financement restent inférieurs aux taux de croissance pendant encore quelque temps », note la Banque centrale européenne. La hausse des taux n’est donc pas suffisante en elle-même pour déclencher une crise de la dette publique.

Le premier argument des sceptiques est que les États développés ont des ressources bien distinctes de celles des ménages ou des entreprises. Ils peuvent lever des impôts, réduire certaines dépenses, emprunter sur de longues périodes et compter sur la croissance future pour stabiliser leur dette. Puisque l’État est en théorie immortel, il peut étaler théoriquement le remboursement de sa dette sur des siècles.

La dette est souvent libellée dans la monnaie émise par la banque centrale du pays. Dans ce cas, un défaut de paiement classique est peu probable. Théoriquement, une banque centrale peut toujours aider l’État à rembourser sa dette en émettant de la monnaie. Même si, dans la plupart des zones monétaires, la banque centrale est indépendante et n’a pas la possibilité légale d’aider directement les administrations publiques, il est difficile d’imaginer une institution monétaire laissant son État faire faillite sans intervenir, au moins indirectement.

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Le deuxième argument concerne la nature des obligations d’État. Elles sont essentielles au système financier. Les banques les utilisent comme garanties, les assureurs et les fonds de pension les détiennent pour leur relative sécurité, et les investisseurs internationaux les utilisent pour placer leurs liquidités. Cette caractéristique offre une forme de protection. Les obligations publiques des grandes économies bénéficient d’une demande structurelle importante.

Le troisième argument est que les niveaux de dette ne sont pas suffisants pour déterminer le risque de crise. Le Japon, par exemple, maintient depuis des décennies une dette publique très élevée sans avoir connu de défaut. Les États-Unis continuent également d’emprunter à grande échelle malgré une dette supérieure à leur PIB. La crédibilité des institutions, l’espace fiscal et le statut international de la monnaie jouent un rôle crucial. Les inquiétudes de certains économistes peuvent parfois ressembler à des cris d’alarme répétés, sans qu’une crise ne se concrétise réellement.

Une vulnérabilité plutôt qu’un scénario de défaut généralisé

Il est indéniable que les dettes publiques représentent une fragilité croissante. Leur niveau est élevé, les taux d’intérêt sont plus élevés qu’au cours des années 2010 et les besoins de financement des États devraient rester importants. Une perte de confiance pourrait entraîner une hausse rapide des taux, fragiliser les banques et réduire la capacité des gouvernements à répondre à une nouvelle crise.

Cependant, le scénario d’un grand État développé faisant soudainement faillite reste peu probable, à condition que sa politique budgétaire reste crédible et que sa banque centrale intervienne (par exemple, la BCE laisserait-elle vraiment l’État français faire faillite, entraînant avec lui toute la zone euro ?). Le risque le plus plausible est celui d’une crise plus graduelle : augmentation des impôts, réduction des dépenses, ralentissement de la croissance et tensions financières limitées à certains pays.

La véritable menace réside donc moins dans un défaut brutal d’une grande puissance que dans l’accumulation de contraintes qui réduiraient progressivement les marges de manœuvre des pouvoirs publics.

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