À l’approche des élections locales, l’enjeu de la gestion financière des municipalités se fait de plus en plus pressant. La dette municipale est particulièrement scrutée, car elle constitue un indicateur clé pour de nombreux votants.
Examinons de plus près la dette des municipalités : à quoi correspond-elle ? Est-elle problématique ? Quelles sont les villes avec les dettes les plus élevées et les moins élevées en France ?
Quel est le rôle de la dette d’une municipalité ?
En France, les municipalités ont seulement le droit d’emprunter pour financer des dépenses d’investissement telles que la construction d’établissements scolaires, la rénovation de voies de circulation, le développement des transports publics ou la mise en conformité des infrastructures publiques. La législation interdit strictement aux collectivités locales de contracter des emprunts pour couvrir les dépenses de fonctionnement (salaires, fournitures, maintenance régulière) : c’est la célèbre « règle d’or » des collectivités. Ainsi, la dette municipale reflète essentiellement les choix d’investissements présents ou passés.
Ce principe repose sur une logique financière simple : les infrastructures financées par l’emprunt profiteront aux citoyens sur plusieurs décennies. Il est donc logique de répartir le coût sur plusieurs années, plutôt que de le répercuter entièrement sur les contribuables de l’année en cours. Dans ce contexte, la dette en elle-même n’est pas nécessairement problématique. Cependant, sa gestion et sa viabilité peuvent devenir des sources de risque pour la municipalité et ses résidents. En particulier, un endettement élevé associé à des frais d’intérêts conséquents peut conduire à une augmentation future des taxes locales pour son remboursement.
Les villes les plus endettées en chiffres absolus
Comme on peut s’y attendre, les grandes villes françaises sont celles qui présentent les plus gros volumes de dette. Paris se distingue nettement avec une dette dépassant les 10,6 milliards d’euros. Elle est suivie par Marseille avec environ 1,3 milliard, puis par Nice (545 millions), Montpellier (409 millions) et Strasbourg (378 millions). Lille, Argenteuil, Bordeaux, Nantes et Lyon se situent également dans cette fourchette, avec des dettes oscillant entre 319 et 362 millions d’euros.
Ces données brutes doivent cependant être interprétées avec prudence. Une métropole comme Paris, qui accueille plus de 2,1 millions d’habitants, gère un réseau d’infrastructures vaste et possède des compétences très étendues, incluant à la fois les responsabilités municipales et départementales. Il est donc peu pertinent de comparer sa dette à celle d’une petite commune. Il est essentiel de considérer la dette par habitant pour obtenir une mesure plus juste.
La dette par habitant : un indicateur plus significatif
Quand on évalue la dette en fonction du nombre d’habitants, le classement est nettement différent.
Dans l’ensemble des 34 875 communes françaises, le record est détenu par la petite ville de Vaujany, en Isère, avec environ 350 résidents. Les chiffres sont impressionnants : 122 766 euros de dette par habitant en 2024. Cette situation exceptionnelle résulte des revenus substantiels générés par un barrage EDF et des remontées mécaniques, permettant à la commune d’emprunter pour financer ses projets d’investissement.
En se concentrant sur les villes de plus de 10 000 habitants, Paris reste en tête, avec une dette par habitant de 4 939 euros. Toutefois, des villes de taille plus modeste apparaissent également en haut du tableau : Levallois-Perret (4 069 euros par habitant), Briançon (3 977 euros), Bagnolet (3 596 euros) et Chartres (3 586 euros). Argenteuil et Maubeuge affichent plus de 3 300 euros par habitant, tandis que Val-de-Reuil et Sanary-sur-Mer avoisinent les 3 000 euros.
La comparaison avec la moyenne de leur catégorie de taille est particulièrement révélatrice. La dette par habitant de Levallois-Perret est trois fois supérieure à celle de sa catégorie (1 322 euros). Celle de Briançon dépasse presque cinq fois la moyenne de sa strate (803 euros) !
Ces différences peuvent indiquer des choix d’investissement audacieux mais aussi, dans certains cas, des problèmes de gestion financière qui se sont accumulés au fil des mandats.
Des municipalités presque sans dette
À l’inverse, certaines municipalités affichent une dette nulle ou presque. C’est le cas de Barentin (Seine-Maritime) et Rivière-Pilote (Martinique), avec une dette de zéro euro, ou encore d’Issoudun (Indre), Blanquefort (Gironde) et Carquefou (Loire-Atlantique), où la dette par habitant ne dépasse pas quelques centimes. D’autres, comme Mons-en-Barœul, Marcq-en-Barœul, Écully ou Canteleu, présentent des dettes symboliques, inférieures à un euro par habitant.
Cette situation peut refléter une gestion très prudente des finances, un autofinancement significatif des projets d’investissement, ou un patrimoine communal limité ne nécessitant pas de grands travaux. Certaines de ces municipalités possèdent même des réserves de trésorerie importantes, leur permettant de financer leurs projets sans avoir besoin d’emprunter. Cependant, l’absence totale de dette pourrait paradoxallement signaler un sous-investissement : une municipalité qui n’emprunte jamais pourrait être une municipalité qui n’investit pas suffisamment dans ses infrastructures et services publics.
Il est important de noter que le niveau de dette, pris isolément, est un indicateur imparfait de la qualité de la gestion d’une municipalité. Il doit toujours être considéré en relation avec les investissements réalisés, la capacité de remboursement, la richesse fiscale du territoire et les services offerts aux citoyens. Autrement dit, chaque cas est unique.

Je suis Aurélie. En tant que membre dynamique de l’équipe Guineetime, je vous guide à travers les évolutions économiques et culturelles. Ma passion pour l’innovation vous aide à anticiper les grands changements.
