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Prochaine crise mondiale: L’intelligence artificielle en première ligne!

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Après avoir traversé plusieurs crises majeures telles que la crise financière de 2008, la pandémie de 2020 et l’inflation de 2022, nous sommes en droit de nous interroger sur l’origine du prochain choc économique mondial. Dans cette série estivale, nous explorons les différentes vulnérabilités qui pourraient déclencher ou exacerbé une future crise économique.

Après avoir examiné des thèmes comme l’immobilier en Chine, le crédit privé et la dette publique, nous nous penchons sur un sujet qui préoccupe les marchés financiers depuis trois ans : l’intelligence artificielle et les technologies émergentes.

Investissements et valorisations extraordinaires

Depuis l’introduction de ChatGPT à la fin de l’année 2022, les firmes dédiées à l’intelligence artificielle ont significativement influencé la croissance des marchés américains. Nvidia, créateur de processeurs essentiels pour les modèles de langage avancés, a vu sa valeur boursière surpasser les 4 500 milliards de dollars. Microsoft se positionne non loin avec environ 2 800 milliards. Ensemble, ces quelques géants technologiques constituent désormais plus d’un tiers de la valeur de l’indice S&P 500, une concentration sans précédent.

Graphique boursier montrant une croissance exponentielle des valeurs technologiques
Les géants de la tech dominent désormais plus d’un tiers de l’indice S&P 500.

Les sommes investies dans l’infrastructure sont également stupéfiantes. Les grandes sociétés technologiques américaines investissent des centaines de milliards de dollars chaque année dans la construction de centres de données, l’acquisition de puces électroniques et la sécurisation des capacités électriques. Ces dépenses représentent une part croissante du PIB américain.

Ce cycle se distingue des précédentes euphories technologiques par la structure des flux financiers entre les acteurs. Nvidia injecte des capitaux dans des entreprises comme OpenAI, Mistral, Figure AI, xAI et Nscale, qui réinvestissent une partie de ces fonds dans l’achat de processeurs Nvidia, alimentant ainsi son chiffre d’affaires et sa capacité d’investissement. Microsoft investit massivement dans OpenAI, qui lui retourne l’ascenseur en achetant ses services cloud. À son tour, OpenAI investit dans des start-up comme Harvey AI, Ambience Healthcare ou Anysphere, qui achètent l’accès à ses modèles, etc.

Ces arrangements ne sont ni illégaux ni forcément irrationnels, mais ils compliquent grandement l’évaluation de la demande réelle. Quand un fournisseur finance ses propres clients, une partie de son chiffre d’affaires ne reflète plus la demande du marché mais plutôt sa capacité à recycler sa trésorerie. Ce type de circularité était déjà observable à la fin des années 1990, quand les fournisseurs de télécommunications finançaient leurs clients pour qu’ils puissent acheter leurs équipements.

Raisons pour lesquelles la prochaine crise pourrait émerger de l’intelligence artificielle

« Nous sommes probablement au début d’une bulle en ce qui concerne l’intelligence artificielle », a estimé Ray Dalio, fondateur du fonds Bridgewater Associates, en janvier 2026.

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Symbole d'avertissement financier illustrant les risques économiques et les vulnérabilités
Les trois principaux risques qui pourraient déclencher une crise liée à l’IA.

La première préoccupation réside dans le décalage entre les investissements et les revenus. Les dépenses en infrastructure se chiffrent déjà en centaines de milliards de dollars par an, alors que les revenus générés par les services d’intelligence artificielle sont, à l’échelle mondiale, bien moindres. Ce déséquilibre peut être justifié temporairement pour une technologie émergente. Il est cependant crucial que la monétisation suive rapidement. Si les revenus se font attendre, la valorisation actuelle deviendra insoutenable.

Le deuxième danger concerne la nature des actifs financés. Un centre de données n’est pas comparable à une voie ferrée. Les processeurs qu’il contient s’usent rapidement, consomment beaucoup d’énergie et deviennent obsolètes en quelques années. Contrairement aux infrastructures de la première révolution industrielle, qui ont généré des bénéfices sur des décennies, ces équipements doivent être amortis rapidement. Toute révision à la baisse de leur durée de vie comptable affecterait directement les résultats financiers des entreprises concernées.

Le troisième risque est lié au financement. Tant que les investissements étaient couverts par la trésorerie abondante des géants technologiques, le risque restait limité. Cependant, l’émission d’obligations liées aux centres de données commence à prendre de l’ampleur, et une partie du financement passe désormais par des véhicules spécialisés, du crédit privé et des montages hors bilan. La vulnérabilité identifiée dans l’épisode précédent de cette série rejoint donc celle-ci : une correction du secteur n’affecterait pas seulement les actionnaires, mais aussi des créanciers dont l’exposition est mal évaluée.

Enfin, la concentration boursière crée un vecteur de transmission puissant vers l’économie réelle. Une correction même modérée des valeurs technologiques réduirait significativement le patrimoine financier des ménages américains, dont la consommation dépend largement des effets de richesse. Le choc financier deviendrait alors un choc macroéconomique.

Raisons pour lesquelles la prochaine crise ne proviendra peut-être pas de l’intelligence artificielle

« Questionner la bulle de l’intelligence artificielle est absurde. L’IA va transformer nos vies tout en générant des profits considérables », a déclaré Masayoshi Son, directeur général de SoftBank, en juillet 2026.

Le premier argument des sceptiques repose sur la solidité financière des entreprises dominantes. Ces sociétés génèrent des profits importants et disposent de réserves de trésorerie substantielles. Leurs dépenses d’investissement, bien qu’impressionnantes, sont largement couvertes par leurs flux de trésorerie.

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Le deuxième argument concerne l’endettement. Les crises financières les plus graves résultent souvent d’un excès de dette, comme en 2008. Pour l’instant, la majorité du financement de l’intelligence artificielle est assurée par des fonds propres. Une correction boursière entraînerait une perte de valeur pour les actionnaires, sans nécessairement fragiliser les bilans des banques. L’éclatement de la bulle Internet en 2000 avait entraîné une récession relativement brève aux États-Unis, sans crise bancaire systémique.

Le troisième argument repose sur la réalité des usages. Contrairement à de nombreuses start-up de l’an 2000, qui n’avaient ni clients ni revenus, les services d’intelligence artificielle sont largement utilisés. Des centaines de millions de personnes utilisent chaque semaine des assistants conversationnels, et les entreprises intègrent progressivement ces outils dans leurs processus de production. La technologie existe, fonctionne et se répand.

Enfin, l’histoire des grandes infrastructures montre qu’un excès d’investissement n’est pas toujours une perte nette pour la société. Les capacités de fibre optique construites en surplus à la fin des années 1990 ont certes ruiné leurs investisseurs, mais ont ensuite permis le développement de l’internet haut débit et des services numériques. De manière similaire, les centres de données construits aujourd’hui pourraient bénéficier à des acteurs qui n’auront pas supporté le coût initial.

Une bulle probable, mais une crise systémique incertaine

L’intelligence artificielle présente plusieurs caractéristiques typiques d’une bulle : des valorisations très élevées, un récit puissant sur une technologie transformative, des flux financiers circulaires entre les principaux acteurs, et un écart considérable entre les investissements engagés et les revenus observés.

La question est plutôt de savoir quelles seraient les conséquences d’une correction. Le financement majoritairement en fonds propres, la solidité des bilans des grandes entreprises technologiques et la réalité des usages militent contre un scénario de type 2008. Le scénario le plus probable ressemble donc davantage à celui de 2000 qu’à celui de 2008 : une correction boursière brutale, un appauvrissement des épargnants exposés, un ralentissement de l’activité, mais un système bancaire préservé. Cette conclusion reste néanmoins fragile, car la part du financement par dette augmente rapidement.

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