Depuis quelque temps, une diminution notable de la valeur du dollar par rapport aux autres devises mondiales a été observée. Quels facteurs contribuent à cette tendance à la baisse et est-elle susceptible de perdurer? Plus important encore, quelles répercussions cette situation peut-elle engendrer sur les économies américaine et européenne?
Dévaluation du dollar : politiques économiques et incertitudes
Autour du mois de février, le dollar américain a commencé à perdre de sa valeur face à d’autres monnaies importantes telles que l’euro, la livre sterling et le franc suisse. Pour mieux comprendre, il est utile d’examiner l’évolution du taux de change effectif des États-Unis au fil du temps.
Une baisse d’environ 7% a été enregistrée depuis le début de l’année, et cette tendance ne montre aucun signe de ralentissement pour l’instant.
Le taux de change effectif est calculé en prenant une moyenne pondérée des taux de change entre une monnaie et les devises des principaux partenaires commerciaux. Il offre une vision globale du niveau relatif d’une monnaie par rapport aux autres devises fréquemment échangées.
Imaginons que les États-Unis commercialisent uniquement avec deux zones monétaires : la zone euro (utilisant l’euro) et la Chine (utilisant le yuan). Si la zone euro représente 30% des échanges et la Chine 70%, et que le taux de change dollar/euro est de 0,88 tandis que le dollar/yuan est de 7,27, le taux de change effectif se calculerait alors en faisant 30%*0,88 + 70%*7,27 = 5,35, souvent présenté sous forme d’indice.
Une hausse du taux de change effectif nominal signifie une appréciation du dollar, et une baisse indique une dépréciation.
Qu’est-ce qu’un taux de change ?
Origines de la dépréciation du dollar
La politique économique et commerciale récente de la présidence américaine est largement responsable de cette baisse. Les mesures protectionnistes prises par l’administration Trump, notamment l’augmentation substantielle des droits de douane et les remises en question de l’indépendance de la Réserve fédérale, ont créé un climat d’incertitude et d’instabilité économique. Face à cette situation, les investisseurs cherchent des actifs plus stables comme l’or ou le franc suisse, réduisant ainsi la demande de dollars et contribuant à la baisse de sa valeur.
Conséquences économiques pour les États-Unis
La dépréciation d’une monnaie peut avoir de multiples impacts économiques, certains immédiats et d’autres plus subtils et structurels.
Impact sur la balance commerciale
L’effet le plus immédiat d’une dépréciation est souvent une amélioration de la balance commerciale du pays concerné. Explorons pourquoi, spécifiquement pour les États-Unis.
La balance commerciale est le différentiel entre les exportations et les importations de biens d’un pays : X – M. Un excédent commercial se produit lorsque X dépasse M, et un déficit dans le cas contraire.
La dépréciation influence la balance commerciale par deux effets contradictoires : l’effet prix et l’effet quantité. L’effet prix se manifeste d’abord : comme le coût (en dollars) des biens importés augmente, la valeur des importations M s’accroît, détériorant ainsi le solde commercial. Cela prend du temps pour que les consommateurs et les entreprises, tant américains qu’étrangers, modifient leurs habitudes de consommation ou leurs fournisseurs.
Cependant, à plus long terme, l’effet prix est contrebalancé par l’effet quantité. Les consommateurs et entreprises américains se tournent alors vers des produits locaux, tandis que les biens fabriqués aux États-Unis deviennent moins chers à l’étranger, améliorant ainsi le solde commercial.
Considérons un constructeur automobile américain exportant ses véhicules en Europe.
Il produit une voiture aux États-Unis et la vend, avec sa marge, à 20 000 dollars. Il l’exporte ensuite en Europe où elle est vendue pour 20 000 euros (le taux de change étant de 1 euro pour 1 dollar).
Imaginons maintenant que le dollar se déprécie (un dollar vaut désormais 0,9 euro). La voiture, toujours vendue 20 000 dollars aux États-Unis, vaut maintenant 18 000 euros en Europe, ce qui permet au constructeur de gagner des parts de marché en vendant moins cher, ou d’augmenter sa marge.
L’impact d’une dépréciation sur la balance commerciale est donc incertain, dépendant de la force de chaque effet. Toutefois, il est généralement admis qu’elle favorise plutôt une amélioration de la balance commerciale. C’est donc une bonne nouvelle pour les États-Unis.
Impact sur la rentabilité des actifs financiers
La dépréciation est défavorable pour les investisseurs étrangers possédant des actifs aux États-Unis. En effet, le rendement « réel » de ces actifs dans leur monnaie locale diminue.
Imaginons un investisseur français, utilisant principalement l’euro, qui échange 100 € contre 100 $ pour acheter un titre de dette américaine (en supposant un taux de change de un euro pour un dollar).
Au bout d’un an, ce titre rapporte 110 $. Excellent, un rendement de 10 % ! Mais si le dollar s’est entre-temps déprécié : un dollar vaut désormais 0,9 euro. Vous échangez donc vos dollars contre des euros : 110 $ * 0,9 = 99 €.
Ainsi, votre investissement initial de 100 € vous a en réalité rapporté 99 €. Vous avez perdu de l’argent !
Si les investisseurs anticipent d’autres dépréciations du dollar, ils exigeraient des taux d’intérêt plus élevés pour compenser leurs pertes futures. Cette hausse des taux pourrait s’appliquer notamment aux titres de dette de l’État américain, ce qui n’est pas idéal pour un État confronté à un déficit budgétaire chronique.
Impact sur le niveau des prix
L’impact le plus évident d’une dépréciation est l’inflation. Cette hausse du niveau des prix touche non seulement les produits finis disponibles à la vente pour les ménages (comme les fruits, les jouets, etc.) mais aussi tous les biens produits aux États-Unis nécessitant des importations pour leur fabrication (comme les voitures américaines, par exemple).
Les économies modernes étant profondément intégrées dans le commerce international, la grande majorité des biens sont affectés. C’est une mauvaise nouvelle pour les consommateurs.
Impact sur le pouvoir d’achat des Américains à l’étranger
Cela peut sembler anecdotique, mais l’effet psychologique est parfois significatif : le pouvoir d’achat des touristes américains à l’étranger diminue.
En raison des mêmes mécanismes décrits ci-dessus, les ménages américains qui voyagent en Europe ou au Mexique voient leur pouvoir d’achat réduit.
À l’inverse, le pouvoir d’achat des touristes étrangers aux États-Unis augmente. Les Américains sont donc moins enclins à visiter le Louvre, tandis que les Français sont plus tentés de visiter New York durant un long week-end.
En conclusion, les effets globaux d’une dépréciation sont assez incertains, dépendant de la structure économique du pays et de sa dépendance vis-à-vis de ses partenaires commerciaux. Ce qui est certain, cependant, est que certains y gagneront tandis que d’autres y perdront. Les producteurs locaux indépendants des importations seront avantagés, mais les ménages ressentiront fortement la baisse de leur pouvoir d’achat, tant sur le plan domestique qu’international.
Implications pour la zone euro
Pour nous, la dépréciation du dollar se traduit par une appréciation de l’euro vis-à-vis du dollar. Plusieurs conséquences économiques peuvent être anticipées.
Les produits (et services) américains deviennent plus compétitifs, ce qui pourrait réduire notre excédent commercial avec les États-Unis. On peut également s’attendre à une baisse du tourisme américain, bien que limitée dans un premier temps.
Cependant, l’appréciation de l’euro offre également des opportunités. Premièrement, elle permet à la Banque Centrale Européenne de baisser ses taux directeurs. En général, la baisse des taux d’intérêt entraîne une dépréciation de la monnaie (les actifs financiers devenant moins attractifs). Ici, l’appréciation de l’euro « libère de l’espace » pour une baisse plus rapide ou plus prononcée des taux, ce qui serait bénéfique pour l’économie.
À plus long terme, la hausse de l’euro pourrait également renforcer son statut de réserve de valeur internationale. Face à l’instabilité du dollar (et de l’économie américaine en général), la stabilité de l’euro pourrait être perçue comme un refuge par les investisseurs mondiaux. Le contrôle de la monnaie de réserve internationale est un privilège considérable… La zone euro, à l’instar des États-Unis jusqu’à présent, pourrait alors bénéficier d’une « mine d’or » inépuisable.

Je suis Aurélie. En tant que membre dynamique de l’équipe Guineetime, je vous guide à travers les évolutions économiques et culturelles. Ma passion pour l’innovation vous aide à anticiper les grands changements.
