Depuis les attaques conjointes israélo-américaines sur l’Iran à la fin du mois de février 2026, les marchés énergétiques mondiaux connaissent une agitation notable. Le cours du pétrole Brent a augmenté de plus de 16 % depuis le début du conflit, atteignant un pic à plus de 85 dollars le baril, un niveau inédit depuis juillet 2024. Parallèlement, le prix du gaz en Europe a grimpé de 40 % immédiatement après les premières hostilités.
L’épicentre de ces tensions est le détroit d’Ormuz, un canal crucial pour le transit d’une grande partie du pétrole et du gaz à l’échelle mondiale. Ce point névralgique est maintenant directement compromis par les répercussions du conflit en cours.
La pression monte pour le pétrole et le gaz
Le détroit d’Ormuz, véritable goulet d’étranglement pour le commerce énergétique mondial, voit passer chaque jour environ un cinquième du pétrole consommé à l’échelle mondiale. Face à la menace, les Gardiens de la révolution iraniens ont averti les navires tentant de passer, et plusieurs tankers, notamment britanniques et américains, ont été la cible de missiles. Aujourd’hui, des navires transportant du pétrole et du gaz naturel liquéfié se massent aux portes du détroit, hésitant à le franchir.
Impact de la guerre en Iran sur les prix du pétrole
Les conséquences sur les tarifs ont été immédiates. Le prix du baril de Brent a rapidement atteint plus de 71 dollars après les premiers bombardements, avant de franchir le seuil des 85 dollars. Une augmentation de la production mondiale par l’OPEP de 206 000 barils par jour a légèrement atténué cette montée, bien que sans renverser la tendance.
Impact de la guerre en Iran sur les prix du gaz
Concernant le gaz, la situation est exacerbée par les dommages subis par les infrastructures d’exportation du Qatar, où les installations de liquéfaction, localisées en un seul lieu, sont particulièrement exposées. Le Qatar, qui produit environ 175 milliards de mètres cubes de gaz annuellement, possède des capacités difficiles à substituer à court terme.
Il est important de nuancer que les prix du gaz européen restent bien en dessous des sommets de 2022, atteints lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, où le prix du mégawattheure avait dépassé les 300 euros. De même, le baril de Brent est encore loin des 100 dollars de cette période. Certains experts rappellent que les marchés avaient partiellement anticipé le risque géopolitique lié à l’Iran depuis quelques semaines, ce qui pourrait limiter l’impact du choc.
Un impact étendu à toute l’économie
Si l’augmentation des prix de l’énergie affecte principalement les automobilistes et les factures énergétiques des ménages, ses répercussions vont bien au-delà. L’énergie est un « intrant » essentiel dans la production de presque tous les biens et services. Ainsi, une hausse des coûts du pétrole ou du gaz élève le coût de production pour les industries, les transporteurs, les agriculteurs, ou encore les producteurs d’électricité. Ces coûts supplémentaires se répercutent ensuite sur les prix à la consommation, un effet d’autant plus marqué que le choc est persistant et que les anticipations inflationnistes ne sont pas fermement établies.
Cela signifie que si les ménages et les entreprises s’attendent à une inflation durablement plus élevée, ils ajustent leurs comportements (demandes de hausses de salaires, augmentations préventives des prix…) ce qui peut déclencher une spirale inflationniste.
Alors que la transmission des prix de l’énergie aux prix des biens et services dépend de nombreux facteurs, des études récentes indiquent qu’en moyenne, une hausse de 10 % des prix du pétrole se traduit par une augmentation de l’inflation de 0,4 point de pourcentage sur deux ans. Toutefois, on pourrait s’attendre à un impact moins prononcé en France, grâce à une part moins importante de l’énergie dans le panier de consommation, une moindre dépendance aux importations d’hydrocarbures, et des mécanismes de subvention ou de régulation des prix.
Contexte historique des prix de l’énergie
L’histoire économique est riche en épisodes de chocs des prix de l’énergie d’ampleur comparable ou supérieure.
Le premier choc pétrolier de 1973-1974 reste le plus marquant. En réponse au soutien des pays occidentaux à Israël pendant la guerre du Kippour, les pays arabes membres de l’OPEP imposent un embargo sur leurs exportations de pétrole. Le prix du baril triple en quelques mois, plongeant les économies occidentales dans une récession sévère accompagnée d’une inflation rapide, un phénomène alors nouveau que les économistes nommeront « stagflation ».
Le deuxième choc pétrolier de 1979-1980 est déclenché par la révolution iranienne, suivie de la guerre entre l’Iran et l’Irak. La production iranienne chute brutalement, et le prix du baril double de nouveau. Les banques centrales, tirant les leçons du premier choc, réagissent cette fois par un resserrement monétaire sévère, entraînant une récession profonde au début des années 1980.
L’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 provoque une nouvelle hausse des prix du pétrole. Le prix du baril double en quelques semaines, avant de redescendre rapidement suite à l’intervention militaire de la coalition internationale. Ce choc, bien que de courte durée, contribue néanmoins à la récession qui affectait plusieurs économies développées à l’époque.
Durant les années 2000, l’augmentation de la demande des pays émergents, notamment la Chine, associée à des tensions géopolitiques continues au Moyen-Orient, entraîne une hausse progressive des prix du pétrole. Cette tendance atteint son apogée en 2007-2008, lorsque le baril de Brent dépasse les 130 dollars à l’été 2008, juste avant que la crise financière mondiale ne provoque un effondrement brutal de la demande et des cours.
Plus récemment, la reprise post-covid suivie par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 déclenche un choc énergétique sans précédent en Europe. Le prix du gaz européen est multiplié par plus de dix par rapport à ses niveaux d’avant-crise, et le baril de Brent dépasse les 110 dollars.
L’Europe, fortement dépendante du gaz russe, a dû réorganiser en urgence son approvisionnement énergétique, avec des conséquences durables sur son tissu industriel.
Le conflit actuel en Iran illustre à quel point l’économie mondiale reste dépendante de la géographie de l’énergie. L’ampleur du choc dépendra de la durée des hostilités et de l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz, mais les précédents historiques montrent que les conséquences peuvent être considérables, tant sur les prix que sur la croissance économique.

Je suis Aurélie. En tant que membre dynamique de l’équipe Guineetime, je vous guide à travers les évolutions économiques et culturelles. Ma passion pour l’innovation vous aide à anticiper les grands changements.
