Ce qu’il faut pour maîtriser Ebola, selon le Coordinateur de MSF du CTE Donka

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 Raphâel Delhalle, Coordonne le CTE Donka
Raphâel Delhalle, Coordonne le CTE Donka

La Guinée connait depuis quelques semaines, de nouveaux cas  de malades d’Ebola au moment où une certaine accalmie est notée chez ses voisins. Raphaêl DELHALLE est Coordinateur du Centre de Traitement Ebola de Donka, en plein cœur de la capitale Conakry. Il évoque la nouvelle hausse de l’épidémie et analyse la situation générale d’Ebola en Guinée.

EbolaDeeply : Quelle est la capacité d’accueil aujourd’hui du CTE Donka….On a appris que vous aviez ajouté quelques lits ces derniers temps ?

La capacité est de 50 lits…Au tout début de l’épidémie, on avait un plus  grand nombre de lits. Nous avions réduit parce que le nombre de cas de malades diminuait…Il y a quelques semaines, on n’avait que 40 lits. Mais depuis le 25 mars dernier, dans une journée seulement, on est passé à 49 malades à l’intérieur du centre. Donc en moins de 24h, MSF a pu augmenter sa capacité de 10 lits… Nous sommes à 50 lits.

Cela veut dire que l’épidémie est en hausse ?

Oui, depuis ces dernières semaines, la tendance est à la hausse ! Hier – mardi 7 avril, ndlr- par exemple à 18 heures, nous avons enregistré 12 patients dont 8 confirmés. Le 25 mars dernier, il y en avait  30 ou 40 malades. Effectivement ces dernières semaines, il  y a une tendance à l’augmentation du nombre de cas.  C’est très difficile à suivre au vu des caractéristiques d’Ebola. Il y a des semaines les statistiques peuvent monter ou descendre.

Selon vous, quels sont les obstacles à la lutte contre l’épidémie Ebola en Guinée ?

Il y a des difficultés de deux ordres.  D’abord la caractéristique d’Ebola donc  la prise en charge des malades dans le centre de traitement. Avec les ambulances, le travail est éprouvant pour nos équipes puisque les agents travaillent en combinaison, en équipement de protection…Ce travail est vraiment fatiguant donc change les repères du personnel soignant. C’est tout ce qui entre alors dans le cadre de la prise en charge.

La deuxième grande difficulté, je dirais que c’est toute la réticence des  populations de certaines communautés. Il y a une sorte de déni de la maladie de la part de certaines populations qui pensent qu’Ebola n’existe pas. Ou bien ceux qui pensent que le centre de traitement est un endroit où il ne faudrait pas venir. C’est ce qui retarde l’arrivée de certains malades au centre. C’est vraiment un facteur très compliqué dans le cadre de notre travail.

Cela est-il dû au manque de confiance aux messages officiels relatifs à Ebola dans les communautés ?

Je ne sais si c’est un manque de confiance par rapport aux messages officiels. Je pense qu’il y a eu un travail qui  aurait dû être fait beaucoup plus tôt par rapport à ces messages. C’’est clair peut être qu’il y a une confusion dans les messages véhiculés. Maintenant tous les acteurs engagés dans la lutte retravaillent là-dessus et essaient de donner des messages plus clairs et de grande ampleur aux populations.

La Guinée a décrété l’état d’urgence sanitaire renforcé avec des mesures draconiennes dans le but d’éradiquer Ebola dans les 45 jours. Cela peut-il aider dans la  lutte contre l’épidémie ?

La seule chose que je peux dire sur ce sujet est que nous allons adapter nos activités pour pouvoir faire face à un éventuel  afflux de patients…

Au niveau du Centre de traitement Ebola de l’hôpital Donka, quels sont vos grands problèmes ?

D’une manière générale, la prise en charge se fait bien. Cela fait un an que ce centre est ouvert, il a été annoncé qu’on va déménager dans un centre plus moderne, neuf…Pour l’instant, on recrute du personnel pour mieux fonctionner. Nous avons augmenté la capacité d’accueil depuis quelques temps.

Quel est le taux de mortalité ?

A l’heure actuelle, je ne saurais dire le taux de mortalité. Par contre depuis un an, on a enregistré 376 patients qui sont sortis guéris. Cela donne de l’espoir.

Y a-t-il de la variabilité dans les symptômes chez les patients d’Ebola ?

Les symptômes d’Ebola sont ceux qu’on peut retrouver dans d’autres pathologies…Des symptômes très généraux tels que la fièvre, certaines douleurs… c’est ça aussi le problème. Ce ne sont pas simplement des symptômes clairement spécifiques à la base, d’où l’importance d’un bon triage et d’un diagnostic différentiel.

Et quels traitements vous donnez ?

A l’heure actuelle il n’existe  pas de traitement  contre Ebola. On traite la symptomatologie des patients, suivant les symptômes cliniques, on pallie aux problèmes que les patients ont. Il n’y a pas mal de recherches qui se font pour trouver  de nouveaux traitements.

Les essais cliniques continuent-ils chez vous ?

Je pense que vous avez appris cet essai de vaccination qui se fait avec les Autorités, Mèdecins sans frontières et autres partenaires…Le personnel de santé de première ligne, sur base volontaire, est à l’essai. Après il y aura une vaccination en ceinture, en deuxième ligne. Nous espérons qu’il y aura des résultats très bons.

Au niveau des malades, on fait un essai sur le plasma, c’est-à-dire que c’est un essai de traitement. On n’est pas sûr que cela puisse fonctionner. Donc il n’y a pas de risque. L’essai clinique consiste à donner à des patients confirmés du plasma de personnes guéries. Pour le moment, il n’y a pas de traitement certifié contre Ebola. La recherche évolue dans ce sens là. A Guéckédou –sud de la Guinée d’où est partie l’épidémie en mars 2014, ndlr- par exemple dans le centre que MSF avait,  on n’ y a fait un essai sur le favipiravir. Ce sont tous des essais.

C’est très tôt de donner les résultats de ces essais. Les premières tendances ne sont pas disponibles.

Y a-t-il des refus face à ces essais ?

Au CTE Donka il n’y en pas  encore. L’acceptation est générale. L’essai se fait sur base volontaire.

Trois médecins ont été infectés ces derniers temps…ont-ils été soignés ?

Oui il a plusieurs personnels soignants qui ont été infectés. Ces trois médecins ont été admis au CTE de Coyah – à plus de 50 km de la capitale, ndlr-.

Qu’est-ce qu’il faut pour éradiquer Ebola en Guinée ?

Je dirais qu’il ya deux grandes choses qui sont importantes. Il faut pouvoir suivre tous les contacts des patients..Ces contacts ne sont pas des malades, mais il faut pouvoir les suivre durant 21 jours pour s’assurer qu’ils ne vont pas tomber malades.  C’est très important pour maitriser la maladie.

La deuxième chose, c’est l’adhérence de la population, l’acceptabilité du fait que la maladie Ebola existe. Et de se dire qu’en cas de symptômes, les citoyens viennent au sein d’un centre de soins. C’est la fin de la résistance, de la réticence de la population.

Les chefs d’Etat de la Guinée, du Libéria et de la Sierra-Léone ont promis à la Conférence de Bruxelles maitriser l’épidémie Ebola d’ici la mi-avril…Ce délai est-il tenable ?

Pour l’instant, Ebola est toujours présent. Nous avons toujours des malades dans nos centres.

Avez-vous un message particulier ?

Pour l’instant, malheureusement, l’épidémie Ebola n’est pas terminée, il faut continuer la lutte et rester vigilants jusqu’au bout.

Par rapport aux communautés, je voudrais leur dire qu’Ebola est une réalité. Lorsqu’une personne présente des symptômes, lorsqu’il y a un décès dans la famille, il ne faut pas se cacher, il faut aller vers les CTE où on peut être pris en charge par des équipes.

Interview réalisée par Amadou Touré

In Eboladeeply

http://www.eboladeeply.org/articles/2015/04/7703/guinea-ebola-over-fight-on/

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