Présidentielle-Sénégal : «Les réseaux sociaux transforment les internautes en sentinelles de la démocratie »

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Sur Facebook, Twitter ou WhatsApp, les Sénégalais n’hésitent plus à interpeller les candidats au scrutin du 24 février, analyse Demba Gueye.

 

A six jours du premier tour de la présidentielle du 24 février, la campagne électorale bat son plein au Sénégal. Grands meetings, concerts, pancartes géantes à l’effigie des candidats donnent le ton. Mais la campagne se joue aussi, et surtout sur les réseaux sociaux.

Dans un pays où près de 10 millions d’habitants – sur une population estimée à 16 millions – utilisent Internet, selon l’Agence de régulation des télécommunications et des postes du Sénégal, les cinq candidats ont massivement investi le champ numérique. Sur ce terrain, leurs militants s’affrontent à coups d’images, de son et de courts textes, tandis que les citoyens non affiliés à des partis politiques y débattent et interpellent les candidats sur leur programme.

Demba Gueye, consultant en communication digitale et instigateur du mot-dièse #Kebetu (« gazouilli » en wolof), véritable cri de ralliement de la Twittosphère sénégalaise, analyse la bataille que se livrent les candidats sur le Web et l’apport des internautes à cette campagne électorale.

Quel regard portez-vous sur l’usage des réseaux sociaux par les différents candidats ?

Demba Gueye La bataille électorale de 2019 sur les réseaux sociaux n’a rien à voir avec celle de 2012, où Macky Sall avait une longueur numérique d’avance. Il était présent partout, de Facebook à Twitter, en passant par YouTube et Instagram. Il était perçu comme avant-gardiste.

Sept ans plus tard, il n’est plus seul. Les cinq candidats sont présents et actifs sur les réseaux. Tous sont conscients que ces plateformes sont très utilisées par la jeunesse sénégalaise. Ils ont donc constitué des équipes, connectées et dynamiques, pour mener une campagne numérique.

Grâce à sa fonction, Macky Sall a néanmoins su y consolider sa présence, ce qui lui a permis de conserver son avance. Il s’est d’ailleurs entouré de jeunes militants qui nourrissent les réseaux d’un contenu en sa faveur.

A côté, il y a le candidat Ousmane Sonko, qui détonne depuis quelque temps. En s’appuyant sur la base solide de militants qu’il a progressivement construite ces dernières années, et qui a crû en 2018 à une vitesse phénoménale, il a gagné un nombre très important de gens qui le suivent sur les réseaux. Il sait leur parler et faire vivre ses comptes. Ses rencontres et ses déplacements y sont systématiquement retransmis en direct.

Comment utilise-t-il cette base importante pour battre campagne ?

Ousmane Sonko a lancé un financement participatif en ligne intitulé «Don de soi pour la patrie » pour payer sa campagne. C’est inédit au Sénégal. Lancée il y a plus de deux ans, l’opération a mobilisé toutes les plateformes de collecte de fonds, y compris celles des banques en ligne existant au Sénégal. Par cette initiative, il s’est vraiment distingué des autres candidats, comme de la campagne de 2012.

Est-ce que des personnalités des réseaux sociaux ont accepté de rallier certains candidats ?

Oui, Macky Sall, par exemple, a mis les moyens pour s’attacher les services du très atypique et très drôle Niang Kharagne Lo. C’est la personne la plus suivie sur Snapchat au Sénégal. Ce « snapchateur » a gagné sa notoriété en faisant des snaps avec le célèbre lutteur Modou Lo, avec la star montante Wally B. Seck et même avec Pape Diouf. C’est un personnage que les mondains s’arrachent lorsqu’ils organisent des événements. La cellule de communication du président a fait en sorte qu’il en soit le « snapchateur » attitré. C’est très malin, car la cellule utilise ensuite ses vidéos pour faire remonter le hashtag #Macky2019 dans les sujets les plus discutés sur Twitter.

Quel est le poids des réseaux dans cette campagne ?

Je veux donner une statistique en préambule. Au Sénégal, en moyenne, 68 % des utilisateurs des réseaux sociaux sont des hommes et 32 %, des femmes.

Concernant le poids des réseaux, WhatsApp est, selon ma perception des usages, la plateforme la plus utilisée. Cela s’explique par la vitesse de diffusion et la facilité à créer des groupes que permet ce réseau. Sa « viralité » hors normes est due au fait que toutes les couches de la population peuvent l’utiliser, y compris celles qui ne savent pas écrire, grâce notamment à l’utilisation des messages vocaux.

Facebook, Instagram et Snapchat suivent. Si Twitter ferme la marche, ce réseau a quand même une particularité importante : il n’est pas le plus utilisé des Sénégalais, mais s’impose pour la deuxième fois [après la campagne de 2012] comme la plateforme d’influence de référence.

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